Bouffée de réel 01/11/1981

Bouffée de Réel – Hommage à Jacques Lacan  01/11/1981

 

 

Comme se drapent les brisants de l’éclaté des spires[1] sous le vent, de même, sous le van d’un discours qui n’appartient pas à l’erre de l’heure : l’aire de leurre des discours qui masquent le réel, ce fût un polémos (= un «dé-mêlé»), et aussi, avec le gothique us-films, un «effrayé», tant s’assourdissait (vf védique brahman «officiant du silence»[2]) la Voix – qui l’ensignait – Damyata, Datta, dayadhvam – le démêlé [3], «chassait – avec Arnaut – le lièvre avec les bœufs et nageait à contre courant »[4], rejoignant ainsi sa tra-duction du σοφόν : « qui peut se soutenir dans ce qui lui a été assigné, y trouver son lot, s’y vouer (prendre la route pour cela)»[5] dans la proximité[6] de l’énigme.

 Dans ce que le germanique nomme rum, c’est à dire, «l’espace» – «dans l’espace il y a des nœuds»[7] -, dans l’arRIMage[8] de la langue du sujet, «l’analyste tranche»[9] :

« Sibylle à la bouche délirante »[10] l’équivoque, – «fondamentale au symbolique soit à ce dont se supporte l’inconscient»[11] – participe des luisances qui sont de l’Autre scène.

Attire d’Elle,

Nul, sans ailes, n’a le pouvoir

De saisir  ce qui est proche,

De plain-pied,

Et passer à l’autre bord,

Hoelderlin, L’Ister, V13-16

 labile (cf, fr labourer, lat. labord « charge sous laquelle on chancelle », lapsus « glisser, angl.norm..laburer «souffrance»), das Moment[12], parere, « paraît », et puisque nous évoquons le latin juridique, « est présent à l’ordre de».

Autant dire, que cet effet de sidération et lumière dont parle Freud, ce qui se manifeste quand l’inconscient, sententiam dicere, « fait connaître son avis », au temps dire – « dire à quelque chose à faire avec le temps »[13]– que ce flash proclamant (indico) du sujet avec lui-même la division »[14](« diviser », di-vido, est de °WEIDH-«séparer, cf.skr.vindhate « il manque de », issu, disent Pokorny et Benveniste[15], d’un °WI- « éloignés, séparés l’un de l’autre » et d’un °DHE-« fonder »), que ce luit-là, à chacun ne cèle qu’il recèle[16]quand sous le faix du Travailleur, laber, « il chancelle », serf de l’Autre qui l’enserre et « qui sait ce que vous êtes, sait VOUS »[17], celui-là.

Wo es war, soll Ich werden.

Lacan : « Là où c’était, là comme sujet dois-je advenir » :

Ἀγχιβασίην Héraclite, frg 122.

Diels : « Annahérung ». Bollack/Wismann : « Approche ». Heidegger/Fink : « Viens-auprès ».

Lacan : « Ne veux-tu rien savoir du destin que te fait l’inconscient ? (Télévision 67)

« Viens » (βαίνω), puisqu’il y a une trace de°GwEM-en irlandais au sens de « mourir », et que, si védique agamam signifie « je suis venu », lit. gému « naître » = venir au monde.

« Viens-auprès », là. Ce là à pointer comme l’adverbe de lieu qui sert à désigner un endroit autre que celui où l’on est : ce « c’est lui qui m’agite »[18], ça gite.

« Viens-auprès ». Là, l’°ANG-« enserre, étreint » (cf. grec Ἀγχι- « auprès », lat. ango « serrer – la gorge », vha. angust « angoisse ») par mille rets tendus, un fil secret tendu d’un bout à l’autre de notre vie[19] : un treillis.

Ce lien, ça peut se lire, se délier, enfin…se moins lier ; mais si « se couvrir d’un manteau » (palliere), c’est pallier, sous le palla, le « manteau », le pas-là du bla-bla-bla dont se soutient le moi, bat le bât : « Ca » °BHA- : « ça » parle –« et ça fonctionne d’une façon aussi élaborée qu’au niveau du conscient, qui perd ainsi ce qui paraissait son privilège »[20]– avec °BHA-sprechen, lat. fascinum et fabula (le mythos du sujet) ; « ça brille – « il est la lumière qui ne laisse pas sa place à l’ombre, ni s’insinuer le contour »[21]-, avec °BHA- scheinen et fr. fus, passé simple du verbe être.

 

Comme la nature rilkéenne ne protège aucun être dans les sillons et dans les branches[22], de même, sous l’âpre scansion, la « pierre d’achoppement » au réel σκάνδαλον[23] : la séance, parfois un battement d’ailes adorable, en tout cas celui de la porte du Livre 2 : « Il suffit, dit Lacan (p 348), qu’elle se ferme pour qu’aussitôt elle soit rappelée par un électro-aimant en état d’ouverture, et c’est de nouveau sa fermeture, et de nouveau son ouverture. Vous engendrez ainsi ce qu’on appelle une oscillation. Cette oscillation est la scansion » : avec le ῥυσμὸς grec «  qui doit être compris comme « gepräge »[24]. Cf. l’inouï « connais quel ῥυσμὸς– quel joint ?- tient les hommes », d’Archiloque ; avec la στροφή enfin, « le retour », κατα-στρέφω – cata-strophe.

 

Jean-François Chabaud

 

01/11/1981

 

Hommage à Jacques Lacan, Courrier de l’Ecole de la  Cause Freudienne n°5

 

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[1] L’action de dérouler (on déroule un papyrus, les vagues se déroulent sur la plage) engendre une spirale.
[2] L. Renou, Etudes védiques et paninéennes, Tome1, fasc 1, page 12, Ed De Boccard 1955.
[3] J. Lacan, L’Etourdit p 46.
[4] Arnaut Daniel, Canzone.
[5] M. Heidegger, Logos, traduit par Jacques Lacan
[6] De lat. prope « auprès, près de » Proxima (du Centaure) est l’astre le plus proche. En latin, les propinquii, ce sont « les proches » : ceux qui sont liés par un lien de parenté.
[7] J. Lacan
[8] Emprunté du moy. angl. rimen, cf scand.rum. Equivoque avec rime – d’un francique  « rim » : « série, nombre »
[9] J. Lacan
[10] Héraclite, frg 92
[11] J. Lacan, 10 déc 1974, Ornicar 2, p 91
[12] Heidegger : « Qu’est ce qu’un moment ? »
–        Moment vient de movere, movimentum.
–           Le moment (der Moment) dépend de « le moment » (das Moment).
  1. Heidegger / E. Fink, séminaire Héraclite, 1966/1967, p 159, Gallimard.
[13] J. Lacan Le moment de conclure, 15 novembre 1977
[14] J. Lacan
[15] J. Pokorny, Indo-germanisches etymo.worter.Bern&Munchen
  1. Beneveniste, Problèmes de linguistique générale tome 1 p 291 Gallimard.
[16] Le sujet (comme le cerf) recèle – se cache dans son enceinte sans en sortir. M. Safouan, Le structuralisme en psychanalyse, Le Seuil 1968.
[17] J. Lacan, L’Amour p 22
[18] J. Lacan
[19] E.T. A. Hoffmann, préface des Elixirs du Diable.
[20] J. Lacan, Livre VI, p 27.
[21] J. Lacan
[22] Emprunté aux « vers improvisés » de R-M. Rilke, in M. Heidegger, « Pourquoi les poètes », Chemins, Gallimard.
[23] Grec σκάνδαλον  « pierre d’achoppement, piège » – sous scando. Ernout/Meillet Dictionnaire étymologique de langue latine.
  1. Lacan séminaire du 10 Mai 1977 : « Il n’y a rien de plus difficile à saisir que ce trait de l’une-bévue, dont je traduis l’unbewusst, qui veut dire en allemand « inconscient ». Mais traduit pas l’une-bévue, çà veut dire tout autre chose – un achoppement, un trébuchement, un glissement de mot à mot. C’est bien de çà qu’il s’agit ».
[24] M. Heidegger/E.Fink séminaire Héraclite, 1966/1967. Gallimard.
Cf aussi : « Dans ce ῥυσμὸς je suis pris », d’Eschyle. Prométhée. 241.